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TEXTE

LE MILIEU NATUREL

Encore contemporain de ce monde étrange qui envahit la planète, parfois à quelques lieues de ses centres bruyants et trépidants, un autre monde rappelle un passé qui est aussi un présent. Qui n'a pas éprouvé, à certaines heures, avant toute réflexion, dans ses nerfs et dans sa chair, qu'il s'agit de deux étapes majeures de l'humanité ? Qui n'a ressenti alors un serrement de coeur devant l'avenir ? ...

Ce matin, nous parcourions dans tous les sens les ateliers bruissants de l'immense usine, dont les cheminées ont longtemps rayé l'horizon. Maintenant, nous avons pris la route de la forêt. Les montagnes précisent leurs contours au loin. La paix du soir souligne encore celle qui régna, en ce lieu, tout le jour. La route n'est pas large, il nous faut nous ranger tout contre la haie vive pour laisser remonter une charrette lourdement chargée de bois. Deux boeufs la traînent, que conduit un homme au pas tranquille. Comment ne pas sentir tout ce qu'il y a de présence du réel, de contacts avec les éléments, de sympathie avec les êtres et les choses, dans le regard de ces yeux bleu clair qui viennent se poser sur nous, dans ce vieil homme, dans cet exemplaire d'humanité ? Au-dessus, au loin, vers le coteau, une voix aux timbres chauds lance des commandements. La haie s'éclaircit : deux chevaux, à la charrue, détachent leurs silhouettes sur l'horizon. Un homme est près d'eux, et dans les paroles qu'il leur adresse on sent tout le suc1 de ces labours au soir d'un beau jour, toute la sève2   de ces coteaux visités par les derniers rayons qui les frôlent, une connivence3 avec l'animal et la glèbe4 et le fer du soc et l'air du ciel et l'eau du ruisseau, toute l'expérience des siècles. Comme il y avait suc et sève et la présence des choses dans les chants des jeunes bergers, entendus au passage, dans la clairière, au bas de la montagne : joie de vivre, soleil, forêts, écho des montagnes à travers les sapins, chants sortis des éléments, des fleurs, de la pulsation des animaux dans l'alpage, du rythme quotidien des joies et des peines.

                                                                                            Georges Friedmann
                                                                                                       Où va le travail humain ? N.R.F. , 1950

1. suc : ce qu'il y a de plus substantiel.
2. sève : énergie, vie.
3. connivence : entente, accord.
4. glèbe : sol cultivé.

QUESTIONS

I. ETUDE DE TEXTE (10 points )

1. Dans le ler paragraphe, il est question d'un certain déséquilibre entre le milieu technique et le milieu naturel :   qu'est-ce qui montre que, aux yeux de l'auteur, ce déséquilibre constitue une menace pour le milieu naturel ?

2. L'auteur est marqué par les rencontres qu'il fait "sur la route de la forêt " :
    a- de quelles rencontres s'agit-il ?
    b- quel type de liens entre l'homme et la nature l'auteur découvre-t-il alors ?

3. Relevez et expliquez deux des procédés d'écriture employés par l'auteur pour mettre en valeur la qualité des liens entre l'homme et la nature.

II. ESSAI (10 points )

Pensez-vous que le progrès technique doive nécessairement passer par la destruction de la nature ?