entsec4.gif (2576 octets)entanc97.gif (1750 octets)
entcorfr.gif (2111 octets)

TEXTE

Nous découvrîmes le sommet des Pyramides : nous en étions à plus de dix lieues. Pendant le reste de notre navigation, qui dura encore près de huit heures, je demeurai sur le pont à contempler ces tombeaux ; ils paraissaient s'agrandir et monter dans le ciel à mesure que nous approchions...

J'avoue qu'au premier aspect des Pyramides, je n'ai senti que de l'admiration. Je sais que la philosophie peut gémir ou sourire en songeant que le plus grand monument sorti de la main des hommes est un tombeau ; mais pourquoi ne voir dans la pyramide de Chéops qu'un amas de pierres et un squelette ? Ce n'est point par le sentiment de son néant que l'homme a élevé un tel sépulcre, c'est par l'instinct de son immortalité : ce sépulcre n'est point la borne qui annonce la fin d'une carrière d'un jour, c'est la borne qui marque l'entrée d'une vie sans terme ; c'est une espèce de porte éternelle bâtie sur les confins de l'éternité. " Tous ces peuples (d'Égypte) , dit Diodore de Sicile1 regardant la durée de la vie comme un temps très court et de peu d'importance, font au contraire beaucoup d'attention à la longue mémoire que la vertu laisse après elle : c'est pourquoi ils appellent les maisons des vivants des hôtelleries par lesquelles on ne fait que passer ; mais ils donnent le nom de demeures éternelles aux tombeaux des morts, d'où l'on ne sort plus. Ainsi les rois ont été comme indifférents sur la construction de leurs palais ; et ils se sont épuisés dans la construction de leurs tombeaux. "

On voudrait aujourd'hui que tous les monuments eussent une utilité physique, et l'on ne songe pas qu'il y a pour les peuples une utilité morale d'un ordre fort supérieur, vers laquelle tendaient les législations de l'antiquité. La vue d'un tombeau n'apprend-elle donc rien ? Si elle enseigne quelque chose, pourquoi se plaindre qu'un roi ait voulu rendre la leçon perpétuelle ? Les grands monuments font une partie essentielle de la gloire de toute société humaine. A moins de soutenir qu'il est égal pour une nation de laisser ou de ne pas laisser un nom dans l'histoire, on ne peut condamner ces édifices qui portent la mémoire d'un peuple au-delà de sa propre existence et le font vivre contemporain des générations qui viennent s'établir dans ses champs abandonnés. Qu'importe alors que ces édifices aient été des amphithéâtres ou des sépulcres ? Tout est tombeau chez un peuple qui n'est plus. Quand l'homme a passé, les monuments de sa vie sont encore plus vains que ceux de sa mort ; son mausolée est au moins utile à ses cendres ; mais ses palais gardent-ils quelque chose de ses plaisirs ?

                                                                                                                                        Chateaubriand
                                                                                                                        Itinéraire de Paris à Jérusalem

1. Diodore de Sicile : historien grec ( 90 - 20 av. J.C.). Il voyagea en Egypte et à Rome. Il est l'auteur d'une monumentale "Histoire Universelle"  en 40 volumes.

QUESTIONS

I. ETUDE DE TEXTE  (10 points )

1. " Au premier aspect des Pyramides, je n'ai senti que de l'admiration ".
Est-ce que l'auteur se contente, dans le texte, d'exprimer cette admiration ?
Justifiez votre réponse.
2. Que cherche-t-il à démontrer en citant Diodore de Sicile ?
3. Que représentent pour Chateaubriand les grands monuments dans la vie des peuples ?
Justifiez votre réponse en vous référant au texte.
4. Relevez et expliquez trois procédés d'écriture qui mettent en valeur la stratégie argumentative de l'auteur.

II. ESSAI ( 10 points)

Pensez-vous que les monuments constituent la seule trace témoignant de la grandeur et de la gloire
d'une nation ? Existe-t-il, d'après-vous, d'autres réalisations humaines qui pourraient rendre une civilisation immortelle ?
Développez votre point de vue en l'illustrant par des exemples précis.